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PARTIE 2 : Caféiculture au Mexique... Qu'en est-il aujourd'hui ?

  • il y a 2 jours
  • 7 min de lecture

Quels sont les problématiques auxquelles sont confrontées la filière café au Mexique? Est-ce que la tentative de structuration des années 80-90 a permis de stabiliser durablement les rendements du pays et dépasser cette vulnérabilité structurelle qui a caractérisé la filière café au Mexique pendant de nombreuses années? Comment les producteurs s'adaptent et resistent aux changements?


Après des évènements propres à l'histoire liée à l'arrivée du café au Mexique (à retrouver dans un autre article PARTIE 1: Le Mexique caféier : origines, mutations et héritage d’une filière singulière), la libéralisation du marché du café en1989 au sein de l’International Coffee Organization (ICO) avec l’abolition du système international de quotas faute d’accord entre producteurs et consommateurs, a été un événement significatif qui a marqué le début d'une nouvelle ère pour le commerce international du café. La suspension des quotas a provoqué une chute de plus de 40 % des prix mondiaux, les années 90 et 2000 on vu naître les premières crises d'ordre économique mais aussi climatique ou sanitaire qui ont provoquées la sortie massive de beaucoup de producteurs.



1- Variétés : rénovations, hybridation, sélection et main-d'oeuvre


La rouille du caféier (Roya) est considérée comme la maladie la plus dévastatrice dans le monde du café. Signalée pour la première fois au Mexique en 1981, c'est à partir de 2012 qu’elle a provoqué une crise sans précédent. Entre 2012 et 2014, une épidémie particulièrement agressive touche durement le Chiapas, Veracruz et Oaxaca, entraînant des pertes de 30 à 50 % dans les plantations. Aujourd'hui, elle est toujours présente mais les producteurs parviennent à la contrôler. Elle se développe dans des conditions très spécifiques mais, il faut le dire, de plus en plus fréquentes avec le changement climatique, telles que :


    • Humidité élevée (pluies fréquentes, brouillard, rosée persistante)

    • Températures douces à chaudes (18–24 °C)

    • Faible ensoleillement (nuages, ombre excessive)

    • Vent qui disperse les spores sur de longues distances

Rouille du café, champignon qui attaque les feuilles du caféier, provoquant leur chute prématurée. Elle se reconnait à ses pustules orangées caractéristiques.
Rouille du café, champignon qui attaque les feuilles du caféier, provoquant leur chute prématurée. Elle se reconnait à ses pustules orangées caractéristiques.

Encore aujourd’hui, elle demeure l’une des maladies les plus redoutées par les caféiculteurs qui se retrouvent face à un dilemme : continuer à cultiver les variétés traditionnelles et dérivée, parfaitement adaptées aux terroirs mexicains et reconnues pour leur qualité sensorielle, mais très sensibles à la rouille (Bourbon, Typica, Mundo Novo, Caturra, Catuai), ou opter pour des variétés hybrides, sélectionnées pour leur résistance accrue et leur productivité.


Au Mexique, le début du XXIᵉ est marqué par l'adoption progréssive par les producteurs de nouvelles variétés plus résistantes. En complément des Catimores (Costa Rica 95, Oro Azteca ) et des Sarchimores (Marsellesa, Castillo,Tupi) qui commencent à faire leur apparitions au Mexique à partir des années 80, d'autres variétés développées par certains pays d'Amérique du sud ( Brésil, Guatemala et Colombie) se diffusent dans le pays.


Ces variétés proviennent du croisement de lignées déjà améliorées, avec un double objectif : renforcer la résistance des plantes tout en mettant en avant d’autres caractéristiques souhaitables, comme une bonne qualité en tasse pour renforcer leur compétitivité sur les marchés de spécialité, ainsi qu’une certaine tolérance à la sécheresse. Parmi les plus connues, les variétés: Icatú, Anacafé 14, Obatá, Tabi et Catucaí. Dans la plupart des cas, les producteurs se procurent les semences par échanges entre pairs souvent de manière informelle, lors de visites de fermes, de rencontres communautaires ou via des réseaux locaux de confiance puis les testent directement sur leurs parcelles.


Peu importe les variétés, une fois les graines obtenues, commence un processus long et exigeant. Les producteurs doivent d’abord gérer la germination et l’entretien des pépinières, une étape qui demande du personnel qualifié, du temps et des infrastructures adaptées (ombrage, irrigation, contrôle sanitaire). Dans les meilleures conditions, il faut 12 à 18 mois avant qu’un jeune plant puisse être transplanté en parcelle.


Pépinière variété Marsellesa - Finca Union - février 2026 - Variétés déstinées à être plantées entre juin et juillet 2026.
Pépinière variété Marsellesa - Finca Union - février 2026 - Variétés déstinées à être plantées entre juin et juillet 2026.

La sélection variétale elle‑même s’inscrit dans un temps encore plus long : il faut trois à quatre ans pour qu’un caféier entre en production, et souvent six à huit ans pour évaluer réellement son comportement agronomique. Les producteurs observent alors la vigueur des plants, leur résistance au stress hydrique, leur sensibilité à la rouille, leur productivité et, bien sûr, la qualité en tasse.

Ce travail demande de la patience, mais aussi des ressources économiques importantes : immobilisation de parcelles pendant plusieurs années, main‑d’œuvre pour l’entretien, coûts de fertilisation, risques de pertes en cas de maladie ou de conditions climatiques défavorables. Pour beaucoup de petits producteurs, ces investissements sont difficiles à assumer sans soutien technique ou financier.


Ainsi, la sélection variétale au Mexique repose sur un équilibre fragile : un savoir‑faire paysan transmis entre pairs, une expérimentation lente et coûteuse, et la nécessité de trouver des variétés capables d’offrir le meilleur compromis entre résilience, rendement et qualité, dans un contexte climatique et économique de plus en plus incertain.


Lors de notre visite en février 2026, tous les producteurs rencontrés ont évoqué la même difficulté : recruter des travailleurs, cueilleurs devient chaque année plus complexe au point de menacer la capacité même des fermes à maintenir leurs volumes de production. Afin d'avoir un meilleur control sur la santé des caféiers et palier au manque de cueilleurs pendant la saison qui dure d'octobre à février, de nombreuses fermes préfèrent réduire leurs surfaces de production. La tendance migratoire, qu’il s’agisse des populations locales ou de travailleurs saisonniers venus du Guatemala, s’intensifie vers des régions ou des pays du nord, offrant de meilleures perspectives économiques.



2- Financement et infrastructures


Pour finir, les obstacles liés à l’accès aux ressources économiques persistent également.

La première difficulté tient au statut juridique de beaucoup de terres cultivées au Mexique. Une grande partie des zones caféières mexicaines est constituée d’ejidos, des terres communales qui autorisent la culture mais ne peuvent ni être vendues librement ni servir de garantie hypothécaire. Pour les institutions financières, cela signifie qu’un producteur ne dispose pas d’un actif mobilisable pour sécuriser un prêt. Sans garantie, les banques refusent généralement d’accorder des crédits, ou les proposent à des taux prohibitifs, inaccessibles pour les familles rurales.


Enfin, l'accès aux équipement est aussi inégal et beaucoup de producteurs manquent souvent d'infrastructures adaptées: station de lavage, matériel ou main-d'œuvre pour la sélection, espace de stockage. 


Quelles sont les solutions alternatives?


  • La première option consiste à revendre les cerises fraîches à un producteur voisin mieux équipé. Cette pratique, permet d’écouler rapidement la récolte, mais prive le producteur d’une partie importante de la valeur ajoutée, puisque la transformation, étape clé dans la qualité finale est réalisée ailleurs.


  • La deuxième option, faire transformer leur café dans une ferme voisine, lorsque les volumes le permettent, afin d’obtenir du café en parche moyennant un coût de service ou un pourcentage du lot.


Ces stratégies de contournement permettent d’éviter la perte de la récolte, mais elles limitent la capacité des producteurs à se développer, à maîtriser la qualité, à stabiliser leurs revenus et à valoriser pleinement leur production sur les marchés les plus rémunérateurs.



3 - Résilience des systèmes caféier :


Face à ces nombreuses difficultés, beaucoup sont contraints d’abandonner leur activité, tandis que d’autres choisissent de poursuivre en repensant entièrement leur modèle. Plutôt que de dépendre d’une seule source de revenus, ils cherchent à diversifier leurs débouchés afin de mitiger les risques.


Quels leviers d'action, à l'origine leur permettent aujourd’hui de déjouer les mécanismes qui les maintiennent en vulnérabilité?


1- Une première voie consiste à valoriser les différentes qualités de café issues de leur récolte. 

Un producteur ne peut pas transformer l’intégralité de sa production en café de spécialité : il existe une première, une deuxième, une troisième et jusqu’à une quatrième qualité, chacune destinée soit à l’exportation, soit au marché local. Travailler simultanément sur plusieurs segments permet d’amortir les fluctuations : lorsque l’un des marchés devient instable, les autres peuvent offrir, dans certains cas, un filet de sécurité.

En exportant leurs lots de meilleure qualité sur les marché internationaux, les producteurs accèdent à des marchés plus valorisant car souvent mieux rémunéré, ce qui leur permet de trouver un équilibre économique, d’améliorer leur revenu global et d’investir durablement dans leurs exploitations.

Cette valorisation du produit brut dans sa totalité passe aussi par la torréfaction, de plus en plus de producteur se lancent dans la torréfaction et développent leur marque de café pour la vente en direct, au client final.


2- Une deuxième voie consiste pour les producteurs à diversifier leur production au‑delà du café en cultivant par exemple des produits régionaux destinés à l’autoconsommation et/ou à la vente.

Cette diversification peut prendre la forme de plantations de haricot noir ou rouge, banane, avocat, maïs, orange, citron, de plantations d’arbres destinés au bois de construction, de fleurs exotiques ou encore de la production de miel. Ces cultures complémentaires, souvent intégrées aux sein des cultures de café, jouent un rôle essentiel : elles assurent des revenus plus réguliers durant les six mois (d’avril à septembre ) où le café n’est pas en production.


Cette voie de la diversification permet:

  • d’amortir les crises du marché liées aux fluctuations du prix du café,

  • de réduire l’impact des pertes causées par les maladies du caféier ou par les effets du changement climatique,

  • de renforcer une certaine indépendance économique,

  • d’améliorer la souveraineté et l’autosuffisance alimentaire des familles productrices.


3- Une dernière voie de diversification émerge progressivement : le tourisme caféier.

Il s’agit pour les producteurs de valoriser l’intérêt croissant du public pour le café, non seulement comme boisson, mais comme culture, territoire et savoir‑faire, afin de partager leur quotidien et transmettre les richesses souvent invisibles de la caféiculture.

Ce tourisme rural et agricole peut prendre différentes formes : visites de fermes, ateliers de récolte ou de transformation, dégustations à la ferme, hébergements en milieu caféier.

Pour les producteurs, c’est une manière de générer un revenu complémentaire, moins dépendant des fluctuations du marché du café tout en valorisant leur histoire, leur terroir et leurs pratiques.


Panneau touristique à l'entrée d'Argovia, ferme située au pied du Volcan Tacana, Chiapas
Panneau touristique à l'entrée d'Argovia, ferme située au pied du Volcan Tacana, Chiapas

Au‑delà des défis structurels qui marquent encore la caféiculture mexicaine, la résilience des producteurs se construit chaque jour dans leur capacité à s’adapter, à diversifier leurs pratiques et à créer de nouvelles voies de valorisation.

Il est cependant essentiel de se demander à quelle étape de la chaîne nous nous situons et quel rôle nous choisissons d’assumer vis‑à‑vis du producteur. Chaque acteur de la chaine porte une responsabilité spécifique :

En tant qu’importateurs, nous avons la responsabilité de garantir des relations commerciales transparentes et respectueuses du travail effectué à l'origine, le rôle du torréfacteur est tout aussi déterminant : par ses choix d’achat, sa pédagogie et la mise en valeur des terroirs, il devient un relais essentiel entre le producteur et le marché. Quant au consommateur final, il détient un pouvoir réel : celui d’encourager, par ses décisions d’achat, des modèles plus durables.



 
 
 

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